La différence de 5 cm

Le moment que je préfère dans la semaine est celui où après avoir dîné en famille, mon beau-père nous ramène en voiture du XVe arrondissement au IXe.

Le père de mon époux choisit un morceau de classique ou d’opéra que j’apprécie et conduit sa voiture et sa famille à travers le magnifique paysage parisien.

C’est un moment je n’échangerai contre rien au monde.

 

Un soir, alors que notre voiture passait à côté de la tour Eiffel, celle-ci s’est tout à coup illuminée.

Je n’ai pas pu retenir une exclamation, à laquelle mon beau-père réagit en riant très joyeusement : «On dirait qu’Asami vient d’arriver hier à Paris ! ».

Au Japon, une expression d’humilité appliquée aux belles choses dit qu’on finit toujours par se lasser de celles-ci (en fait des femmes).

Mais c’est un mensonge.
Une belle chose le restera toujours.

Si l’on ne la ressent plus comme telle, le problème se trouve dans notre état d’esprit, car la manière dont l’on perçoit quelque chose, positivement ou négativement, est le miroir de notre coeur.

 

Une cliente m’a vraiment touchée l’autre jour durant notre cours.

Le 6 septembre, elle est venue à la leçon avec ses tout nouveaux talons Louboutin de 12 cm. Jusque-là, elle chaussait des talons de 7 cm pour nos exercices, mais ayant remarqué que le développement de ses muscles ne convenait plus à cette catégorie, je lui ai dit que c’était l’occasion de changer pour de véritables talons hauts.

 

Si l’on chausse des talons relativement hauts et mal adaptés au niveau musculaire, on va se forcer à marcher d’une manière ou d’une autre, mais qui en fin de compte recourra aux muscles extérieurs et sera synonyme pour le corps d’une charge importante, et finalement une source de douleurs.

Cependant, lorsque la musculature s’est améliorée, ce sont les muscles intérieurs qui se développent et qui ne seront plus adaptés à des talons peu élevés.

Avec ceux-ci, il sera alors peut-être facile de marcher, mais les muscles n’étant plus assez stimulés, la sensation de tension qui doit accompagner la démarche en talons hauts s’évanouit et l’on va alors employer à nouveau et inconsciemment la musculature extérieure.

 

C’est la raison pour laquelle je conseille aux femmes d’acheter assez tôt des talons de 10 cm.

La cliente dont je parlais aime les belles choses.
Entrant dans une boutique, elle est un jour tombée sur deux paires de Louboutin avec des talons de 10 et 12 cm.

Elle les a trouvées magnifiques et a instinctivement acheté la plus haute, tout en sachant qu’elle était incapable de marcher avec.

Rien de plus naturel à ce qu’une personne appréhende de passer d’un coup à des talons de 5 cm de plus. Et face à ces 12 cm, la condition physique qu’elle s’était constituée avec des talons de 7 cm n’a pas tenu bon.

 

Voilà pourquoi le premier jour où elle a pris pour défi de s’exercer avec ses talons de 12 cm, ma cliente posait le pied à partir du talon comme je ne l’avais jamais vu faire auparavant.

Elle ne le ne faisait pas intentionnellement, car elle savait très bien qu’il faut éviter d’utiliser le talon en premier lors de la pose du pied au sol, ainsi que j’en ai déjà parlé dans le premier chapitre de la philosophie des talons hauts.

Mais telle a été pour elle l’initiation à ces 5 cm de différence.

 

Si l’on ne parvient pas à faire abstraction de sa peur, il devient impossible de se tailler un corps capable de marcher avec d’aussi hauts talons, quel que soit le désir qu’on en ait.

De l’autre côté, surmonter cette crainte pour à tout prix les chausser ne constitue pas non plus une solution.

La chose importante dans mes leçons avec cette cliente était, en lui rappelant quels sont les muscles à employer et comment établir l’axe de son corps, d’édifier une nouvelle musculature adaptée à des talons de 12 cm.

J’ai insisté pour qu’elle exécute absolument tous les mouvements à une vitesse très réduite.

 

Beaucoup de personnes se trompent à ce sujet, mais lorsqu’on fait un exercice, le véritable but n’est pas de l’accomplir sans difficulté : il s’y cache un élément qui consiste à réveiller le corps et ses muscles à travers le mécanisme de chaque mouvement.

De même que j’en parle fréquemment dans mon Blog premium, l’objectif est de fixer son attention sur comment deux mouvements se relient, et non de se satisfaire de pouvoir dire « Je l’ai fait ! » aussi vite que possible, en ne faisant en fait aucunement travailler les muscles.

 

N’obtenir aucun résultat même après un entraînement, cela signifie que la méthode est entièrement fausse et que tous les efforts faits sont inutiles.

Mais pour revenir à mon propos, ce mois, ma cliente est arrivée pour la première fois à si bien maintenir l’axe de son corps même avec ses talons Louboutin de 12 cm que j’ai pu remarquer le corset naturel formé par ses abdominaux.

 

Le mois dernier, elle m’a dit lors de notre cours qu’elle a pu voir la ligne de sa musculature dessinant l’intérieur des cuisses par dessus le jeans qu’elle avait enfilé.

J’étais très heureuse d’entendre de cela, mais il s’agit en fait d’une récompense pour les efforts qu’elle a accomplis avec ses talons de 12 cm.

Toute femme, si elle acquière une nouvelle paire de talons hauts, se sentira exaltée.
Elle aura hâte de pouvoir marcher avec ses beaux souliers.

 

Mais vouloir marcher coûte que coûte en talons hauts, peu en importe la façon, conduit à de mauvais résultats.

Comme dans notre vie privée ou professionnelle, savoir maîtriser sa fougue et se concentrer sur les choses que l’on a devant soi, cela vaut aussi dans la philosophie des talons hauts.

La démarche en talons hauts n’est pas si compliquée que cela. Marcher avec élégance avec de telles chaussures est toutefois difficile.

 

Il s’agit d’une technique qui exige de faire attention à des muscles précis, mais elle vaut la peine que l’on prenne le défi de la maîtriser.

C’est incroyable, mais ma cliente, qui ne décollait pas ses mains des murs lorsqu’elle se tenait sur ses talons Louboutin, a pu profiter d’une croisière en France avec cette magnifique paire de souliers.

J’aime cette belle histoire, car elle est révélatrice de ses efforts.

Changer l’impossible en possible, c’est en cela que consiste mon travail.



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